Articles et récits divers
Le temps vu des arbres
Parole à l’invité/ Journal le Messager 29.11.2019- Salomé Lutz
Il y a quatre milliards d’années, l’argile et les marnes de l’époque du Trias se formaient, suivis par le calcaire jaune du Jurassique. Plus tard, le Cooksonia sortait des eaux. Il développa son système respiratoire terrestre en vingt millions d’années.
Alors qu’au Dévonien – période qui donna son nom au magnifique conté d’Angleterre – la terre se dérobait en Sibérie dans une immense trappe, laissant surgir des éruptions volcaniques dans les océans, les premiers arbres produisaient de l’oxygène en masse, endiguant ainsi l’effet de serre des séismes! Un climat chaud et humide s’installa et réduisit la végétation en forêt houillère, plus communément appelée nappes de pétrole. Les continents se séparèrent, c’est la Pangée. De nombreux poissons se trouvèrent fossilisés sous l’impact de l’astéroïde qui déposa d’énormes quantités de quartz dans le sol.
Lorsque la dernière glaciation se retira, laissant derrière elle un terrain vierge, la flore de l’arc alpin colonisa les plaines. Une végétation comparable à celle de la toundra recréait l’humus favorable aux développements des graines. Les arbres repoussaient! D’abord des genévriers, puis des bouleaux peu exigeants sur la qualité du terrain et des noisetiers. Les arbres qui avaient migrés avant le froid dans les Balkans refranchirent les cols. Il s’agit du hêtre, du sapin blanc et du pin.
A quelle vitesse ces changements climatiques arrivent-ils? Si la météo s’exprime à un rythme quotidien, l’échelle du climat est, quant à elle, celle du siècle et comprend toutes les données de température, de pression atmosphérique, de précipitations, d’ensoleillement, d’humidité et de vitesse du vent. Ces changements influent sur le sol et en modifient l’acidité. Une forêt de hêtre peut ainsi devenir une chênaie en quelques années.
Les arbres subissent le changement climatique. Parmi eux, les chênes sont les plus résistants. D’ailleurs, ne dit-on pas «fort comme un chêne»? Une forêt de chênes exclue toutes autres essences. Quand on survole la canopée d’une chênaie, on peut voir et passer la main entre la couronne de chaque arbre. Aucun d’entre eux ne se touche, malgré qu’ils aient tous le même âge.
Comment la forêt pourrait-elle réguler le climat à l’avenir, équilibrer les sols, et nous permettre de respirer? Pourrait-on modifier une exploitation de sylviculture pour une forêt jardinée à l’exemple de celle développée par Henri Biolley dans les forêts de l’Envers et de L’Endroit à Couvet? Qu’en pensent les arrondissements forestiers de la région? Laissant ces questionnements en suspens, je vous souhaite à tous un bel Avent.
Acores 2015
www.maremotrice.ch
Saoudad. Arrivée à Ponte Delgada, nous assistons à la première, d’une longue série de processions de la plus grande fête religieuse des Acores « Santo Cristo dos Milagres ».
Les rues sont tapissées au sol de fleurs, sur lesquelles, les îliens, recueillis, crées un cortège sans fin. Nous nous joignons à la foule, qui regarde passer les villageois, la fanfare. Les enfants s’y joignent. Les voies se font basses, le défilé passe sans bruit, imposant.
Dans cette ambiance profane et colorée, le vent salé me parvenait d’entre les murs élancés de la ville; c’est la mer!
Mes amis ont le plaisir de faire découvrir l’océan depuis plus de 10ans. Et c’est lui que j’étais venu rencontrer grâce à Ben, Mélina, Séb, Marie-Ève et leurs familles.
Sao Miguel est l’une des neuf îles de l’archipel des Acores. Sur cette île, la géothermie permet de produire de l’électricité, comme en Islande.
Bloqué par la pluie, mais au sec sous mon grand ciré jaune, j’ explore les rues de la ville de Ponte Delgada. Je m’arrête à une petite foire au bétail. Les oiseaux en cage s’échangent ou se vendent, deux chèvres sont transportées dans un pick-up de première génération rongé par le sel.
Mais comme partout dans les villes, la vie semble aussi horriblement pauvre, des personnes âgées fouillent les poubelles. Ce sont les mêmes scènes que je vois en gare de Lausanne. Et ça me fait froid dans le dos.
J’étais heureuse de trouver une douche chaude à la marina, et la chaleureuse amitié de l’équipage qui préparait une soupe, dans le grand voilier, qui est leur maison.
-La météo s’annonce clémente Salomé! on lève l’ancre demain!
En route nous cherchons des baleines et à force d’espérer les apercevoir, à l’horizon, je ne sais plus ce que je vois. L’ombre des vagues se confond avec la silhouette imaginée d’une nageoire caudal. La mer devient tout à coup immense, lourde, ronde, bruyante et puissante. C’est comme si j’étais sur la cime d’un arbre dont je ne percevait pas la forêt. La présence de mes amis me rassure ou presque, elle me distrait. Une grande tortue nous croise ainsi que des méduses à voiles, et enfin quelques dauphins. Fabuleux!
Vila Franca de Campo. Le voilier est ancré entre l’île et le lieu du même nom. Ben, le capitaine, nous emmène visiter le cratère de ce petit volcan éteint.

Au petit matin Ben et Seb nous mettent à l’abri du roulis des vagues. Ils amarrent le voilier Knut sur les bites d’amarrages bien au dessus de nos têtes. Séb a une détente terrible! La marée est basse. Séb s’occupera toute l’après-midi de réparer le hors bord de l’annexe avec toute l’audace et la patience qu’on lui connait.
-Bon! on va tous au resto?
En passant par le petit port où attendent d’immenses barques colorées en bois, protégées de noms saints et bibliques; les cris courageux et trop humains d’ un équipage se font entendre.
-Mais où vont-ils?
La barque est à ciel ouvert, dans sa cale des hommes.. entre 16 et 35ans sans gilets et certainement sans radio aussi, partent au large.
Soirée burlesque, où le serveur brisera deux fois toutes la vaisselle à notre table. Une procession villageoise à la lumière de lanternes passera encore. Je me brosse les dents. Je n’ai pas envie de dormir et vers 1heure du matin je vois rentrer dans l’épaisseur de la nuit la barque colorée qui se confirme être une embarcation de pêcheurs. Le poisson est déchargé à la pelle, je suis sidérée de tant d’abondance. C’est du maquereau. Il vit en bancs mais, quand même. La marchandise a dût été hissée à force de leurs bras dans une nuit agitée au large.
Un camion frigorifique attends là et quelques femmes viennent acheter la pêche fraîche. Une table est improvisée pour vider les premiers poissons.
Nous engageons la conversation dans mes trois mots de portugais.
-Ces gas sont payé 7 à 14 euros la nuit (un peu moins de 70chf) . Le camion emmènera les poissons au nord de l’île pour les congeler ou les envoyer en Amérique ou encore en Europe.
– Moi je paie presque 14 -18 chf le poisson entier des Acores au rayon frais du supermarché de la Coop, à Châtel-st-Denis, en Suisse. Je me dis: »C’est un tiers monde sur les frontières de l’Europe. » Qu’est ce que je vais faire de tout cela!
A Povação la petite famille de mes amis, qui vit à bord du bateau Knut, est accueillie en grande pompe par la presse et la municipalité locale. Elle se réjouit de médailler le premier visiteur du port fraichement restauré. Elle offre suffisamment de t-shirts pour habiller tous l’équipage.
L’après midi suivant, Le corps des sapeurs pompiers, qui s’exerçait par les quais, tira généreusement une lance pour remplir les réservoirs d’eau potable du voilier.
Cette aventure mérite tous les sponsors! Et je participe fièrement à coller le logo dans ses voiles.
Puis je disparaîtrais comme d’habitude!
Dans la nature foisonnante et tropicale de l’île je découvre le jardin botanique de Terra Nostra et les sources d’eau chaude ferrugineuse
Ce pays est riche. Nous cuisinons des produits superbes dans le four à gaz du voilier. Les marchés regorgent de poissons dont je ne connaissais pas la saveur; plus nous quittons la grande route, plus les gens que je rencontre semblent ne manquer de rien, et être ouvert au monde.

Histoire
La découverte de l’archipel se dispute entre, en 1427 Diego de Silves qui semble avoir cartographié l’archipel et, en 1432 par Gonçalo Velho Cabral (membre de l’ordre du christ) reconnu par l’un de ses pairs. Tous deux furent mandatés par Henri le Navigateur (1394-1460) prince du Portugal, considéré comme à l’origine de l’expansion du pays dans le monde.
Les îles servirent rapidement de garde manger pour le Portugal et pour tous les marins qui naturellement y trouvent toujours une escale sur la route vers les Amériques. La marina de Horta ne tarit pas d’éloge d’ailleurs.
Au milieu du XV, sur l’île de Terceira, le gouvernement implantait les premières familles flamandes pour cultiver ses greniers. Les habitants de Sao Miguel racontent volontiers l’ histoire de culture massive qui expliquent notamment la présence de bananerais sur l’île.
Une ornithologue engagée militait au salon régional de Ponte Delgada. C’est aussi ça la fête de « Santo Cristo dos Milagres ». J’y apprends que le priolo (Pyrrhula marina), petit oiseau endémique a sévèrement souffert des chasses à l’homme qui convoitaient le même grain que lui. Il est aujourd’hui le symbole de l’île heureusement.
De là, Marémotrice part vers le nord. Et moi je m’envole pour une escale à Horta.
L’anticyclone des Açores n’est plus aussi stable, et la traversée du Knut, attendu en Bretagne, sera retardée.
Merci pour votre hospitalité, votre accueil et votre patience.
J’encourage tous les marins d’eau douce et toute personne intéressée à documenter les régions polaires et du nord de ce renseigner sur les activités et le programme de ce magnifique équipage.
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